Transport Handicap, ce sont des hommes et des femmes qui travaillent pour aider d’autres hommes et femmes. Pour marquer ce 3 décembre, Journée internationale des personnes handicapées, j’ai passé un peu de temps avec l’un d’eux. Il s’appelle Norbert Castella et est client de Transport Handicap depuis 30 ans.

 

Lorsque j’arrive chez lui, M. Castella m’explique qu’il vient de perdre son temps avec une réservation en ligne qui ne passe pas. Parfois la technologie nous met dans de joyeux états quand elle ne fonctionne pas comme on le souhaite! Il est en train d’organiser un voyage de quelques jours à Paris avec son amie. L’occasion d’entrer directement dans le vif du sujet.

Comment est-ce de voyager lorsque l’on se déplace en chaise roulante?

A Paris, nous ferons par exemple une croisière sur la Seine. J’ai dû appeler deux compagnies, car la première ne pouvait pas prendre de personnes en chaise pour des problèmes d’escaliers et de sécurité. Mais aucun souci pour la seconde qui accoste à plain-pied et avec qui je suis en train de réserver. Sinon, nous ferons des activités classiques, le Lido, des musées. A Paris, j’utilise le service taxi handicap, c’est très pratique. C’est un peu comme Transport Handicap Vaud, mais, je vous dis, ils n’ont pas les mêmes normes de sécurité! Ils n’ont pas d’appuie-têtes. Et lorsque je demande la ceinture, le chauffeur me dit «attendez, je dois en avoir une dans le coffre»! J’insiste toujours là-dessus, car je suis para, mais ne tiens pas à finir tétra!

J’aime bien voyager et je me débrouille toujours. A Rome, par exemple, c’est plus folklorique, mais ça fonctionne. La plupart des lieux d’intérêt sont accessibles en fauteuil, et pour les autres, j’ai de la compréhension car l’architecture de certains monuments ne permet tout simplement pas d’autre accès que des escaliers. Un ascenseur ruinerait tout l’intérêt du lieu. J’aimerais bien découvrir New York un jour. Avec un guide sûrement, car mon anglais n’est pas suffisant. Mon fauteuil électrique a une autonomie de 15km, c’est super pour visiter des villes, je suis rapide et je peux même semer mon amie si je veux, mais je ne veux pas…!

Et en Suisse, quels trajets faites-vous avec Transport Handicap Vaud?

J’utilise Transport Handicap principalement pour aller au travail. Je suis un bosseur et ne m’arrête presque jamais. Le mot fatigue ne fait pas partie de mon vocabulaire. D’ailleurs une phrase du film «Monsieur Vincent», qui relate l’histoire de Saint Vincent de Paul, ce prêtre au service des plus pauvres, m’a toujours inspiré. Il disait «quand on n’a pas tout fait, on n’a rien fait». Je suis très actif, mais sous contrôle et tout aussi contemplatif.

Une fois, j’ai mal géré et suis tombé en panne avec mon électrique. J’étais à Montétan. Un bus des TL passe, mais le chauffeur me dit qu’il ne peut pas me prendre, malgré une remorque équipée… J’appelle Transport Handicap et bien qu’il s’agissait d’un week-end, ils sont venus me chercher rapidement. Ils m’ont bien dépanné! Les chauffeurs sont tous extrêmement sympathiques. Ils sont charmants, respectueux, disponibles. Ils doivent faire face à beaucoup de problèmes physiques mais aussi psychologiques de certains clients. Ils sont à l’écoute, j’ai beaucoup de respect pour eux. J’avais entre autres rencontré un chauffeur qui était chanteur, j’écoute toujours ses disques! Transport Handicap n’est pas seulement un projet, une œuvre humanitaire, mais surtout une belle et nécessaire organisation d’utilité publique qui joue son rôle dans l’économie vaudoise et qui fait vivre nombre de familles de chauffeurs et de collaborateurs.

Généralement, j’attends le chauffeur à l’entrée de mon immeuble. J’aime bien me débrouiller seul et ne souhaite pas qu’il pousse ma chaise. D’ailleurs, je dois parfois reprendre aussi mon amie. Je lui dis : «Arrête! Après les gens vont croire que je suis handicapé!».

Acceptez-vous de nous parler de votre accident?

J’avais 16 ans en février glacial de 56 et je descendais en vélo depuis le lac gelé de Sauvabelin, en haut de Lausanne . Au niveau de la Barre, un tracteur devant moi semble tourner à droite. Je le dépasse par la gauche et en fait, il ne tournait pas à droite mais prenait de l’espace pour tourner à gauche. Il me renverse, me passe dessus, ma colonne vertébrale est fracturée.

Je garde l’impression que tout m’amenait là ce jour. Je devais aller faire du patin avec des amis, je rentrais de Suisse allemande, j’avais oublié mes patins. Un ami m’a dit qu’il pouvait me prêter les siens. Ma Maman me disait qu’il faisait trop froid pour patiner, mais j’avais tellement envie d’y aller. Et peu avant l’accident, mon sac de sport tombe par terre, je le ramasse et repars. C’est là que je rencontre ce tracteur. C’était peut-être le destin. J’étais un ado sportif, j’étais bon en tout, mais un génie en rien. Mon handicap m’a dirigé vers le domaine de la comptabilité. Il me fallait un travail dans un bureau et j’ai trouvé une place d’apprentissage près de chez moi, à Ruchonnet, où je loge toujours. Je suis devenu comptable, fondé de pouvoir et j’ai finalement racheté l’entreprise. J’ai de la chance d’avoir trouvé cette voie car j’ai beaucoup de plaisir dans mon travail.

Après mon accident, arrivé comme dit au mois de février, je suis resté jusqu’à Noël à l’hôpital. J’étais paraplégique, mais je me suis déplacé pendant 20 ans avec des cannes à quatre pieds et des atelles avant de m’équiper d’un fauteuil roulant. Ma fierté d’adolescent ne supportait pas les regards lorsque j’étais en chaise. En plus, à l’époque, les trottoirs surbaissés n’existaient pas. J’ai toujours aimé l’art, je faisais des expos en cannes pendant toute la journée et je vous promets que je dormais bien après cela! Ce mode de déplacement a par contre tellement mis à contribution les muscles de mes bras, qu’aujourd’hui, mon médecin me dit qu’en fait de muscles, il ne me reste plus que des fibres de muscles… J’ai quand même la prétention de croire que l’avenir m’appartient.

 

Propos recueillis par C. Bobst

Norbert Castella… qui n’a pas pris une ride!